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Le Sang (recueil de poèmes)
CHF 40.00
Préface de Gaia Vincensini
Sabrina peint dans sa chambre à coucher son autoportrait, en Vénus convalescente. Cette tapisserie de Pénélope l’aide à compter et à tromper le temps qui passe et s’écoule comme de lourdes gouttes d’huile. Derrière la Vénus aux yeux gorgés de larmes, alanguie parmi des cafards dorés, trois fenêtres se découpent sur un mur de pierre moyenâgeux. Elles laissent voir un ciel orageux et trois lunes, représentant les trois mois qu’elle passera chez elle à se remettre d’une lourde et très rare opération vasculaire (MAV). Récupérés lors de ses fréquents séjours à l’hôpital, l’aiguille et le tube d’un cathéter sous cutané ornent le châssis telle une relique sacrée contenant le sang de l’artiste. Parallèlement à cette toile, elle commence à écrire le recueil LE SANG. Un été caniculaire à huis - clos. La mort, omniprésente, plane au-dessus de l’immeuble ouvrier de Châtelaine, qui lui-même semble ployer sous l’annonce de sa démolition prochaine. Sabrina examine tout cela sans détourner le regard, sans se voiler la face et entraîne le lecteur dans son royaume, dans son donjon solitaire. Dans l’isolement de sa chambre, Sabrina Röthlisberger livre la poignante description de sa décomposition suivie de son lent retour à la vie. Elle couche ses pensées dans l’idée de garder contact avec elle-même, à travers le brouillard chimique des médicaments. Elle tisse, reprend et rapièce le fil de sa pensée. Par la narration elle reprend le contrôle. Elle enquête sur cet étrange mal qui l’habite, sur ce corps, rendu mystérieux. Les mots qui s’écoulent de cette bouche blessée poussent comme des ronces, dardés de piquants, agressifs car protecteurs. L’art agit comme une armure. Comme la dernière fantaisie que s’accorde l’artiste alitée, une scène, un socle qui lui permet de donner à voir sa déchéance, que la bienséance lui ordonne de cacher. Mais elle ne cache rien. La douleur aveuglante lui a donné cette clairvoyance, elle l’a dépouillée du superflu et ramenée à un état abstrait de chair endolorie. Cette sursimplification de son état, Sabrina en fait le point de départ d’une purification qui remet chaque chose à sa juste place, qui dissocie l’ego du travail, de la séduction ou de la rancœur. Franck Lepage dit : « La culture, est l’ensemble des moyens mis en œuvre pour survivre face à l’oppression ». Sabrina utilise sa poésie extrêmement visuelle, quasi cinématographique afin de préserver son esprit de la folie. Si la maladie est un tabou, la pauvreté aussi. L’histoire nous a donné de célèbres convalescentes généralement issues de milieux bourgeois, Frida Kahlo ou Niki de Saint Phalle qui se remet en Suisse de sa maladie des bronches. Ici, Sabrina nous parle également de luttes. Elle décrit dans un de ses poèmes, la manière dont elle est traitée lors des colloques interdisciplinaires, où plusieurs médecins se réunissent pour l’examiner avec leurs étudiants et discuter, sans égards, de son avenir. Consciente que la pauvreté dépouille la convalescence de beaucoup de son glamour littéraire, elle interroge un sentiment d’abandon, le manque d’humanité du personnel soignant, la négation quotidienne de son existence dans un des pays les plus riches du monde. Elle sait que son statut social la rattache inévitablement à la longue histoire d’abus médicaux sur les femmes, les personnes de classes populaires et celles issues de l’immigration, dont elle se sent le devoir d’être porte-parole. Pour marquer les différents temps présents dans le texte, Sabrina convoque parmi ses poèmes, Frankenstein, la créature de Mary Shelley, rendue consciente de sa monstruosité à travers le regard des autres, mais également une citation de Cosey Fanni Tutti ou un communiqué de l’OMS, qui viennent donner une idée de la couleur du chapitre qui s’ensuit. Ses textes se construisent en flash très visuels; ils rappellent un écran d’ordinateur où se mélangent une vidéo, des réseaux sociaux et de la musique. Dans son texte, l’anglais, le français et l’allemand se mêlent comme dans un film sous-titré, comme sur internet. Hybride, il s’affranchit des règles de l’un et de l’autre dans une orgie de fautes, de doubles sens et de jeux de mots entremêlés à l’infini. Est-ce le mental qui aide le physique à se renforcer, ou à l’inverse, la santé du corps et la guérison qui rend à l’esprit sa joie de vivre? Par l’écriture, mais aussi par la nourriture, Sabrina opère une synergie du corps et de l’esprit, dont elle se sert comme d’un engrais, pour vivre durant cette convalescence un moment de transcendance poétique et amorcer un retour, à la vie. Un lent retour des sens que les médicaments ont engourdis, la fin de ces trois mois de rêve éveillé. Miroir inversé de la chambre, chaotique et organique, l’atelier situé au 4e étage du Centre d’Art Contemporain Genève, où Sabrina finalise LE SANG, semble d’autant plus spacieux et immaculé. Cette nouvelle chambre marque le début du retour à la vie, qui commence par un picotement dans l’entre-jambe. Le désir renaît le premier. La convalescence s’achève pour vraiment laisser place à la guérison. D’une manière totalement transparente, Sabrina décrit cet éveil, cet inattendu printemps en plein hiver. Son texte change, la thématique se fait plus érotique, entièrement. La maladie s’estompe et la femme reprend le dessus, sensuelle, érotique, dominante même dans la faiblesse. Une femme comme neuve. Un sang frais coule dans ses veines. Si les plantes avaient la capacité de décrire ce cycle vital, le pourrissement de leurs fruits, leur retour à la terre, le bourgeonnement des fleurs, je pense qu’elles parleraient en ces mots, mon amie Sabrina.
Préface de Gaia Vincensini
Sabrina peint dans sa chambre à coucher son autoportrait, en Vénus convalescente. Cette tapisserie de Pénélope l’aide à compter et à tromper le temps qui passe et s’écoule comme de lourdes gouttes d’huile. Derrière la Vénus aux yeux gorgés de larmes, alanguie parmi des cafards dorés, trois fenêtres se découpent sur un mur de pierre moyenâgeux. Elles laissent voir un ciel orageux et trois lunes, représentant les trois mois qu’elle passera chez elle à se remettre d’une lourde et très rare opération vasculaire (MAV). Récupérés lors de ses fréquents séjours à l’hôpital, l’aiguille et le tube d’un cathéter sous cutané ornent le châssis telle une relique sacrée contenant le sang de l’artiste. Parallèlement à cette toile, elle commence à écrire le recueil LE SANG. Un été caniculaire à huis - clos. La mort, omniprésente, plane au-dessus de l’immeuble ouvrier de Châtelaine, qui lui-même semble ployer sous l’annonce de sa démolition prochaine. Sabrina examine tout cela sans détourner le regard, sans se voiler la face et entraîne le lecteur dans son royaume, dans son donjon solitaire. Dans l’isolement de sa chambre, Sabrina Röthlisberger livre la poignante description de sa décomposition suivie de son lent retour à la vie. Elle couche ses pensées dans l’idée de garder contact avec elle-même, à travers le brouillard chimique des médicaments. Elle tisse, reprend et rapièce le fil de sa pensée. Par la narration elle reprend le contrôle. Elle enquête sur cet étrange mal qui l’habite, sur ce corps, rendu mystérieux. Les mots qui s’écoulent de cette bouche blessée poussent comme des ronces, dardés de piquants, agressifs car protecteurs. L’art agit comme une armure. Comme la dernière fantaisie que s’accorde l’artiste alitée, une scène, un socle qui lui permet de donner à voir sa déchéance, que la bienséance lui ordonne de cacher. Mais elle ne cache rien. La douleur aveuglante lui a donné cette clairvoyance, elle l’a dépouillée du superflu et ramenée à un état abstrait de chair endolorie. Cette sursimplification de son état, Sabrina en fait le point de départ d’une purification qui remet chaque chose à sa juste place, qui dissocie l’ego du travail, de la séduction ou de la rancœur. Franck Lepage dit : « La culture, est l’ensemble des moyens mis en œuvre pour survivre face à l’oppression ». Sabrina utilise sa poésie extrêmement visuelle, quasi cinématographique afin de préserver son esprit de la folie. Si la maladie est un tabou, la pauvreté aussi. L’histoire nous a donné de célèbres convalescentes généralement issues de milieux bourgeois, Frida Kahlo ou Niki de Saint Phalle qui se remet en Suisse de sa maladie des bronches. Ici, Sabrina nous parle également de luttes. Elle décrit dans un de ses poèmes, la manière dont elle est traitée lors des colloques interdisciplinaires, où plusieurs médecins se réunissent pour l’examiner avec leurs étudiants et discuter, sans égards, de son avenir. Consciente que la pauvreté dépouille la convalescence de beaucoup de son glamour littéraire, elle interroge un sentiment d’abandon, le manque d’humanité du personnel soignant, la négation quotidienne de son existence dans un des pays les plus riches du monde. Elle sait que son statut social la rattache inévitablement à la longue histoire d’abus médicaux sur les femmes, les personnes de classes populaires et celles issues de l’immigration, dont elle se sent le devoir d’être porte-parole. Pour marquer les différents temps présents dans le texte, Sabrina convoque parmi ses poèmes, Frankenstein, la créature de Mary Shelley, rendue consciente de sa monstruosité à travers le regard des autres, mais également une citation de Cosey Fanni Tutti ou un communiqué de l’OMS, qui viennent donner une idée de la couleur du chapitre qui s’ensuit. Ses textes se construisent en flash très visuels; ils rappellent un écran d’ordinateur où se mélangent une vidéo, des réseaux sociaux et de la musique. Dans son texte, l’anglais, le français et l’allemand se mêlent comme dans un film sous-titré, comme sur internet. Hybride, il s’affranchit des règles de l’un et de l’autre dans une orgie de fautes, de doubles sens et de jeux de mots entremêlés à l’infini. Est-ce le mental qui aide le physique à se renforcer, ou à l’inverse, la santé du corps et la guérison qui rend à l’esprit sa joie de vivre? Par l’écriture, mais aussi par la nourriture, Sabrina opère une synergie du corps et de l’esprit, dont elle se sert comme d’un engrais, pour vivre durant cette convalescence un moment de transcendance poétique et amorcer un retour, à la vie. Un lent retour des sens que les médicaments ont engourdis, la fin de ces trois mois de rêve éveillé. Miroir inversé de la chambre, chaotique et organique, l’atelier situé au 4e étage du Centre d’Art Contemporain Genève, où Sabrina finalise LE SANG, semble d’autant plus spacieux et immaculé. Cette nouvelle chambre marque le début du retour à la vie, qui commence par un picotement dans l’entre-jambe. Le désir renaît le premier. La convalescence s’achève pour vraiment laisser place à la guérison. D’une manière totalement transparente, Sabrina décrit cet éveil, cet inattendu printemps en plein hiver. Son texte change, la thématique se fait plus érotique, entièrement. La maladie s’estompe et la femme reprend le dessus, sensuelle, érotique, dominante même dans la faiblesse. Une femme comme neuve. Un sang frais coule dans ses veines. Si les plantes avaient la capacité de décrire ce cycle vital, le pourrissement de leurs fruits, leur retour à la terre, le bourgeonnement des fleurs, je pense qu’elles parleraient en ces mots, mon amie Sabrina.